Les Conversations

Les Conversations de Paul-Marie Coûteaux n°58 - Babette de Rozières : La cuisinière qui cuisinait les politiques

Publiée le 09/02/2025

Voici une femme-ouragan : après une enfance difficile en Guadeloupe, entre une grand-mère pleine de saveurs et une mère dévoreuse, la petite Babette fugue à 18 ans. Comme elle ne fait jamais les choses à moitié, voilà qu’elle débarque, seule et sans aucune connaissance, dans le bouillant Paris des années 60. C’est avec une stupéfiante énergie, qui est aussi une leçon de morale, une aptitude, qui tient du génie, à saisir les chances que lui offre le hasard et une arme inattendue, la cuisine créole (qu’elle apprend "sur le tas" en participant aux émissions de Maritie et Gilbert Carpentier), qu’elle conquiert la capitale. Elle y ouvre plusieurs restaurants, participe à de nombreuses émissions de télévision et devient dans le monde entier l’une des plus célèbres cuisinières françaises, au point que les gloires naissantes de Saint-Tropez, le Roi du Maroc ou l’ONU, l’appellent pour organiser leurs fêtes les plus resplendissantes. Cela ne suffit pas encore à l’intrépide gloire des Antilles : c’est par la défense de ses chers Outre-mer, quelle reproche aux métropolitains de trop délaisser, et qu’elle défend bec et ongles en mouillant sa chemise de façon exemplaire, qu’elle entre en politique, utilisant un solide carnet d’adresse qui lui permet d’être à la fois complice de Jacques Chirac ou Charles Pasqua (ici, quelques anecdotes désopilantes), d’Anne Hidalgo ou Valéry Pécresse - aux côtés de cette dernière, cette gaulliste invétérée et énergique (qui a même rencontré le général de Gaulle !), est élue au Conseil général d’Ile-de-France avant de la quitter de tonitruante façon pour rejoindre Eric Ciotti dont elle est désormais la déléguée dans les Yvelines - c’est là que rayonne aujourd'hui, dans la charmante petite ville de Maule, son fameux restaurant. Devant notables et notoires, elle sort facilement sa langue de sa poche, ce qui nous vaut des anecdotes des plus croustillantes - jusqu’à la confession finale accordée en exclusivité pour TVL, aussi touchante qu'inattendue. 

Les Conversations de P-M Coûteaux avec Jacques Hogard : Eloge de l’Armée française (1ère partie)

Publiée le 03/05/2026

"Je regardais l'armée française comme la plus grande chose du monde", cette phrase du jeune Charles De Gaulle expliquant son engagement dans l’Armée, il est possible que Jacques Hogard ait pu la prononcer. Ce très bon connaisseur de la vie internationale et, en même temps de la politique française de défense et des défis qu'elle a à relever, cet analyste géopolitique qui connaît le terrain pour avoir servi sur plusieurs théâtres d’opérations, en Afrique et dans les Balkans, est universellement prisé pour son coup d'œil mais aussi pour le courage avec lequel il sait parler clair et net, notamment pour dire son fait à cet empire états-unien (et à ses serviteurs européens, à l’occasion français), que la France trouve si souvent sur son chemin - voir par exemple "Le Samedi Politique" qu'il a accordé à Elise Blaise le 21 mars dernier.
Mais les qualités de cet homme chaleureux, à la fois bonhomme et policé, ne tombent pas du ciel. Dans cette première conversation, nous découvrons sa famille presque exclusivement faite d’officiers, de son grand-père Emile Hogard qui fut l’aide de camp du maréchal Lyautey, au célèbre résistant Guillain de Bénouville, son oncle maternel, et son père, autre général dont il trace un portrait frappant. Et si les principales qualités d'un officier n'était pas simplement d'ordre physique ni même intellectuel ("la culture générale est l’école du commandement", rappelle-t-il) mais d'abord de la conscience ? Une fois de plus, tout est ici affaire de morale : si ce catholique à la fois ardent et tranquille, si ce monarchiste de cœur et de raison, promis aux plus hautes fonctions d'état-major, a délibérément quitté l'armée à l'âge de 44 ans, c'était d'abord pour des raisons de conscience : il estimait que le pouvoir politique fourvoyait l'armée française dans bien d'autres causes que le service de la France que celui de la France. Pourtant, assure-t-il, l'esprit de bon nombre de jeunes soldats d’aujourd’hui reste comparable à la vaillance traditionnelle. Avant de suivre les deux opérations qui l’ont marqué le plus durablement, celles du Rwanda puis du Kosovo, écoutons ce parfait Français dire tranquillement que "ce qu'il y a de plus pur en France aujourd'hui est sans doute son armée"... Question plus brûlante qu'on ne croit !