Zooms
Zoom - Judikael Hirel - Insécurité : La guerre civile à bas bruit
Judikael Hirel est journaliste et vient de publier un livre édifiant : "Concorde rouge - Dans la peau d’une victime d’agression". Le 13 novembre 2017, l’auteur rentre du travail en métro. A la station Concorde, il est attaqué violemment après avoir défendu une jeune femme agressée sexuellement. Assommé par derrière et frappé au visage, il a la mâchoire brisée, les dents cassés, le nez totalement détruit. Quatorze fractures au total. Judikael Hirel écrit : "Ma tête s’est émiettée, une gueule cassée façon puzzle. Il aurait suffi d’un coup de pied en plus pour que j’y laisse ma peau. Mon agresseur avait clairement la volonté de me tuer". Le journaliste évoque avec beaucoup de pudeur les longs mois de douleur et de reconstruction, les accès de colère contre l’inhumanité de la RATP, le peu de réaction des autres voyageurs au moment de l’agression ou encore la lenteur de la justice.
Judikael Hirel raconte ce parcours de combattant que vivent tant de victimes (30 victimes d’agression par heure en France !) mais il mène aussi une large réflexion sur l’insécurité qui explose et qui est devenue un fait de société. Il rappelle notamment que ce sont les femmes qui, souvent dans l’indifférence des pouvoirs publics, sont surexposées à la violence.
La force du livre est le refus de s’apitoyer et la volonté de raconter cette guerre civile à bas bruit qui s’installe et qui touche chacun d’entre nous.
Zoom - Vincent Coussedière : La France s’enfonce faute d’incarnation
Agrégé de philosophie et enseignant, Vincent Coussedière a longtemps observé la vie politique avant de franchir le pas de l’engagement électoral lors des législatives de 2024. De cette traversée du réel naît un livre très personnel intitulé "Marine Le Pen comme je l’imaginais", essai dans lequel l’auteur confronte ses attentes intellectuelles aux contraintes du champ politique. À travers une formule récurrente, presque obsessionnelle, il interroge ce qu’il aurait voulu que Marine Le Pen soit : une figure d’incarnation capable de rompre avec la gestion, la prudence et la normalisation. Le livre défend une thèse centrale : la politique n’est pas d’abord affaire de programme, mais d’incarnation. Vincent Coussedière critique ainsi la stratégie de normalisation, perçue moins comme une tactique électorale que comme un renoncement symbolique. Mais cette critique soulève une question troublante : la désillusion de l’auteur relève-t-elle d’un diagnostic lucide sur l’époque ou d’un dépit face à une figure politique trop idéalisée ? Car en creux, le livre reconnaît aussi que Marine Le Pen a su durer, rassembler et imposer son camp comme une force centrale de la vie politique française — ce qui, en soi, constitue déjà une forme d’incarnation dans un temps où le politique s’est largement vidé de sa substance.
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